Sur les sentiers d'un Avre de Nature

Publié le 12 Septembre 2017

Il y a des balades qui marquent votre mémoire. Le circuit Avre de Nature est de ceux-là ! Je ne pouvais pas faire l’expérience de ce parcours sans la partager !

Il y a 7 ans, je parcourrais ce même chemin en plein hiver, sous une fine neige, en compagnie de deux Montignois (habitants de Montigny-sur-Avre) passionnés de nature et de patrimoine. L'objet de cette promenade était la création d'un circuit de randonnée pédestre mettant en avant les richesses naturelles et patrimoniales des communes de Montigny-sur-Avre et de Courteilles. 3 ans plus tard, un livret gratuit voyait le jour. Il commente et illustre ces chemins de randonnée balisés permettant de parcourir 3, 6 ou 12 km au bord de la rivière Avre.

En cet après-midi d'août, je retourne sur ce chemin avec des conditions météorologiques bien plus favorables. Me souvenant parfaitement d'une portion du circuit, je décide de ne parcourir que la moitié du chemin.

Sur les sentiers d'un Avre de Nature

Stationnée devant la Mairie de Montigny-sur-Avre, j’enfile mes chaussures de randonnée quand j'aperçois une famille coiffée de chapeaux et munis de bâtons de randonneur prendre la route avec, dans les mains, le fameux livret "Avre de Nature". Nous échangeons un sourire complice sachant que nous partons sur le même chemin.

La promenade débute donc au cœur du village avec une vue sur l'église Saint-Martin où fut baptisé, au 17ème siècle, François de Laval de Montmorency, premier évêque du Québec, qui donna son nom à la ville de Laval et à son université. Une plaque commémorative scellée dans le mur de la nef, rappelle les liens du village avec ce grand homme béatifié par Jean-Paul II en 1980.

Quelques mètres plus loin, nous approchons le Château de Montigny, où naquit l'homme cité ci-dessus. La bâtisse, classée aux Monuments Historiques, possède un magnifique parc à l'anglaise avec plantations, jeu de rivières et cascades.

Château de Montigny-sur-Avre

Château de Montigny-sur-Avre

Je poursuis mon chemin vers la forêt. Je remarque que le balisage est clair et précis. Impossible de me perdre. A l'orée du bois, je fais face à une interminable avenue rectiligne avec un relief variable. La lumière s'estompe au cœur de cette forêt magnifique. Il y fait plus frais. J'entends le vent souffler dans les feuillages et les arbres semblent converser entre eux par des grincements et de gracieux balancements.

Sur les sentiers d'un Avre de Nature

Cette "avenue" est en fait le tracé de l'Aqueduc de l'Avre qui est encore souterrain à cet endroit. Cet ouvrage, inauguré en 1893, alimente Paris en eau potable depuis sa source située à Rueil la Gadelière, à peine 3 kilomètres en amont. Quelle étrange sensation de savoir que, sous mes pieds, s'achemine jusqu'à 100 000 m3 d'eau depuis notre paisible campagne jusqu'à la capitale, une centaine de kilomètres plus loin !

Au beau milieu de cette allée, en pleine forêt, surgit une étrange construction : une porte de bois entourée d'une tourelle de pierres et de briques. Je me sens un peu comme Alice au Pays des Merveilles et je m'attends à voir surgir de derrière cette porte, un lapin et sa montre gousset criant qu'il est en retard ! C'est en fait un regard d'accès à l'aqueduc. J'en croiserai plusieurs de différentes tailles, tout au long de ma promenade.

Regard de l'aqueduc

Regard de l'aqueduc

Je débouche en bordure de plaine agricole pour pénétrer de nouveau sur un sentier forestier sinueux. Je croise un vététiste qui peine à terminer l'ascension du chemin empierré. Autour de moi, je repère à l'aide du livret, des fougères, des orties, du genet, de la callune, des Jacynthes, du chèvrefeuille ou encore des mélittes à feuilles de mélisse. Au delà du plaisir des yeux que procure cette variété de plantes des prés et des forêts, il me revient à l'esprit quelques recettes de cuisine sauvage...

Plusieurs dizaines de papillons virevoltent autour de moi. Ils ne me quitteront plus jusqu'à la fin de la balade ! Des jaunes, des blancs, des rouges... C'est magique ! Alors que je peine à saisir l'un d'entre eux avec mon appareil photo, un bruit sourd de feuillage surgit derrière moi. J'imagine aisément une biche, un renard ou pire... un sanglier à moins de 2 mètres de moi ! Réflexe stupide : je me mets à hurler avant de fuir en courant. Heureusement, je ne suis pas suivie. La bête a eu aussi peur que moi. Et je me sens bien ridicule ! Je reprends mes esprits et poursuis mon chemin l'air de rien.

Sur les sentiers d'un Avre de Nature

En sortant du bois, je me trouve face au Moulin des Planches. Cet ancien moulin, remarquablement restauré, est aujourd'hui un hôtel avec une salle de réception pour des réunions familiales dans un cadre magnifique. Je traverse une première fois la rivière Avre.

Le Moulin des Planches

Le Moulin des Planches

Le pied sur le bitume, je grimpe jusqu'en haut de cette impasse avant d'arriver sur un plateau. Là, je suis un chemin de terre au beau milieu des champs. Le vent est frais, mais le soleil tape dure. Je fais une pause pour boire un peu d'eau et me coiffer d'un chapeau. Les papillons sont toujours là et m'encouragent à reprendre la route au milieu de ces paysages verdoyants à perte de vue.

Sur les sentiers d'un Avre de Nature

J'approche quelques maisons puis retourne sur la route goudronnée. A la vue du marquage rouge et blanc, je sais que je marche sur le GR22, le mythique chemin des miquelots allant de Paris vers le Mont-Saint Michel.

La pente est de nouveau descendante et j'arrive devant le portail du Château du Jarrier. Cette propriété privée fut bâtie en 1883 par un professeur de chimie à la Sorbonne passionné par l'architecture néogothique de Viollet-le-Duc. La maison du gardien et les communs, bien visibles depuis la route, associent les pans de bois aux jeux de briques.

Le Château du Jarrier

Le Château du Jarrier

C'est alors que je croise le chemin d'un petit chien qui se repose dans l'herbe fraîche du bord de route. Je le salue et tourne à droite pour suivre un chemin de terre en direction de la forêt. Le coquin entame alors une filature à distance raisonnable. Il me suivra durant près de 15 minutes avant de, finalement, retourner à sa maison.

Sur les sentiers d'un Avre de Nature

C'est là que je vais connaitre les kilomètres les plus beaux de tout le circuit ! A l'ombre d'arbres de toutes formes et toutes épaisseurs, je vais suivre l'Avre et ses îlots pendant un bon moment. Les arbres prennent la forme de véritables chefs d'œuvre ! Ici, un torturé, là des siamois, plus loin des entremêlés... Le chemin est tortueux et je découvre à chaque nouveau tournant, une nouvelle œuvre de la nature. Le bruissement de l'eau, le chant des oiseaux et le balancement des arbres bercent mes pas dans une balade bucolique.

Sur les sentiers d'un Avre de Nature

Et je me crois réellement au pays des rêves lorsque surgit au milieu de la nature, la tour Constance. Cette tourelle gothique en pierre de grison, plantée au bord de l’eau et recouverte de végétation, semble sortie tout droit d’un conte de fée. Il s’agit en fait du vestige d’un jardin anglais aménagé vers 1785 par Aimery de Rochechouart, propriétaire du château de Courteilles. Cette splendeur perdue d’un « Versailles normand » disparut presque entièrement en 1849, suite aux partages et aux dettes des descendants de la famille de Courteilles.

La tour Constance

La tour Constance

Un peu plus loin, je distingue à travers les feuillages une grande bâtisse abandonnée. C’est le Moulin à Tan. De nombreux moulins se sont installés au bord de l’Avre dès le Moyen-Âge. Celui-ci servait à transformer les peaux en cuir. Il fut transformé ensuite en moulin à farine. Peut-être est-il de ceux qui furent rachetés au XIXème siècle par les propriétaires du château de Montuel pour devenir laminoir et tréfilerie ? La construction de l’Aqueduc de l’Avre, déclaré d’utilité publique en 1890, entraîna des pertes conséquentes d’eau dans la rivière, provoquant la disparition progressive des moulins dans la vallée. Ici donc, la roue ne tourne plus. J’aperçois au pied de la bâtisse, un homme en chapeau de paille qui bine tranquillement un vaste potager.

Le Moulin à Tan

Le Moulin à Tan

Je quitte le sentier tortueux pour rejoindre l’église de Courteilles. Son cimetière conserve le souvenir de la famille de Courteilles à travers les sépultures de ses différents membres. Si j’étais remonté un peu plus loin vers le château du Jarrier, j’aurais emprunté le « chemin de Dames ». Cette sente descendant jusqu’à l’église depuis l’ancien parc du château, rappelle la venue fréquente en ces lieux des chatelaines de Courteilles.

Eglise Saint-Hilaire de Courteilles

Eglise Saint-Hilaire de Courteilles

Je retrouve le bitume pour traverser de nouveau l’Avre. Plus loin, une grille royale donne accès à l’allée du Larry qui me ramènera au centre de Montigny. Cette grille est sans doute un autre vestige du parc du Château de Courteilles. Cette allée arborée est également une portion du mythique GR22 allant de Paris au Mont-Saint-Michel. Je longe l’Avre par l’autre rive.

Portail d'accès à l'allée du Larry

Portail d'accès à l'allée du Larry

Enfin, je débouche sur une impasse résidentielle. Ici le calme et la tranquillité sont le paradis des riverains. J’aperçois une femme assise dans son jardin, absorbée par la lecture d’un roman. Respectant son intimité, je passe mon chemin en silence et rejoint mon véhicule stationné un peu plus loin.

Le circuit Avre de Nature a tenu ses promesses. Un véritable havre de paix en pleine nature. Une randonnée à parcourir sans modération !

En savoir plus ici.

Rédigé par Sophie

Publié dans #Randonnées

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